J'y pense et puis j’écris

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LND

PS: Les contrepèteries potentielles sont parfois suggérées par des (*)


vendredi 18 janvier 2008

[LND] [Esai] Le sens de l'avide (auteur: Nicolas Delaye)

Tout petit déjà je voulais faire Dieu. Non pas par simple vanité, mais parce que je subodorais que dans ce métier, il y avait pas mal de pognon à se faire. Apres tout, quand on possède la clé de tous les mystères, on possède surement celle du coffre.

Cette idée ne m’a pas lâché jusqu’à ce soir de Noel où j’ai rencontré Dieu pour la première fois. Ce fut aussi la dernière.

C’était au Five Club à Eden Park. A l’intention des athées, cul-de-jatte et communistes qui me lisent par millions, le Five Club est une boite de nuit assez exclusive tenue par les manitous des 3 religions de base (je me comprends), ainsi que Bouddha et Confucius. Les Hindous tentèrent d’y rentrer en vain, mais on leur a dit « Vishnou, la paix !». Ron Hubbard, l’auteur de La Diarrhéique, tenta également de s’introduire en douce mais le videur, MC Soleil lui a dit « Bouge de la ! ».

C’est dire que c’est un club plutôt exclusif mais je connais bien la cousine de la demi-sœur au vaguemestre donc je réussis un soir à y rentrer (dans la boite).

A peine arrivé, je repère la table des VIP (Very Important Prêcheurs). Que des huiles ! La vue de tant de divinités réunies autour d’une même table me fait frissonner de bas en haut et un sentiment de plénitude me parcourt l’échine, ce qui n’est pas une contrepèterie. En d’autres termes, j’hallucine grave ma race.

Ils sont venus ils sont tous là : Jésus, Siddhârta, Elvis, Yahvé, Roboi (des Bains). Il y’a meme Giorgio le fils maudit. Tiens, voila du Buddha observe-je un instant. Et puis là, au détour d’un regard, je l’aperçois : Dieu. Beau comme un… comme lui même. Vif comme Guy. Brillant comme Danny. Sa barbe est si blanche et si longue qu’on peine à le distinguer de Jeanne Moreau. J’avais beau en avoir rêvé, même Sony ne l’avait pas fait.

Je vérifie que mes genoux sont bien huilés, prends mon courage et mon oseille à deux mains, si vous le voulez bien, et je m’introduis dans le cercle, non sans avoir graissé la patte aux cerbères de service, facilement repérables à leurs t-shirts Ceci est mon garde du corps. Les voies du seigneur sont impénétrables qu’y disaient…

Sans même me regarder, Il me demande ce que je veux. Balaise le mec ! Puis je réalise qu’Il se fout bien de ma gueule parce que si j’en crois les livres Mossieur sait déjà ce que je veux lui dire. Je bafouille et me déchire le pantalon avec un crucifix dont je me demande encore ce qu’il faisait là à servir de porte-manteaux. Avec mon teint vert et mes haillons j’ai tout du Yoda albanais. Finalement j’arrive à émettre des sons à peu près cohérents à plusieurs syllabes. « J’aime beaucoup ce que vous faites », Lui lâche-je d’une voix d’actrice de cinéma adulte abordant son premier essai. Pas un regard. Il continue sa discussion avec son fils qui lui dit « Papa je ne peux plus boire de mon sang, je suis nase.» ce a quoi Daddy répond « Si t’es nase arrete !». Fous rires garantis chez les sommités.

Malgré le refus assez clair du donneur, Dieu me propose du sang de son fils. En dépit du dégout qui me tatoue l’âme, j’avale comme une couleuvre. Comme quoi, dégout et des couleuvres, ca ne se discute pas. On se tape le bout de gras, c'est-à-dire le saucisson de licorne dont tout le monde a l’air friand. J’approche à grand pas de la crise de foie.

Je profite de notre intimité éphémère pour Lui poser une ou deux questions informelles sur les origines de l’univers ou c’est qui qu’a commencé au Moyen Orient. Finalement, je me lâche : je lui demande le sens de la vie. Il me regarde droit dans les yeux et me dit d’un ton solennel limite arrogant: « Première porte à droite. Tu y rencontreras une dame. Si elle vend des sacs, c’est le paradis. Si elle est aisée, c’est l’enfer. »

Sans plus attendre et après lui avoir file une sacrée aumône, je prends la porte. Littéralement, car elle ne s’ouvre pas malgré mon classique double axel du poignet droit.

Apres avoir tourné la poignée dans le bon sens, j’entre. Effectivement, il y a une dame. Elle ne porte comme habit qu’une gerbe de feuilles, ce qui n’est sûrement pas le bon terme ni la saison parce qu'on se les gerce un peu. Elle vend des sacs, mais des qui coûtent cher avec des lettres partout et une jolie couleur caca d’oie. Elle a l’air physiquement intelligente comme disait un éminent comique dont le nom échappe à 6 milliards de collègues et moi-même.

Pris d’une pulsion assez peu commune pour un expert comptable, je lui déballe « Vous êtes gironde! ». « Non, je suis normande » me répond-elle la bouche en cul de poule. Je tends la main vers sa poitrine himalayenne. Une main occulte, qui se détache et s’écroule devant mon air ahuri et légèrement contrarié. Lerenard (c’est le nom écrit sur sa gourmette) s’en saisit et me dit : « Mon bon monsieur, apprenez que tous flotteurs vivent au dépend de celui qui les couvent. Cette leçon vaut bien un feuillage sans doute. »

Morale : quand ils sont omnipotents les grands manient tout.

1 commentaire:

vwb467 a dit…

l'éminent comique fut (je l'ai pas vu à la télévissieuse ces 3 derniers jours, alors dans le doute) Jean "émardallédenlacabane O' Fon" Dujardin, et là, je suis partagé entre la fiérté d'étaler ma confiture comme un para (plégique) son parachute, et la honte de détenir ce genre de culture(lututu, désolé)...